13 mars 2008
Le christianisme et les femmes, l’erreur de Michel Onfray
Posted by fdo under Réponse aux athées | Tags: féminisme, Michel Onfray |Alors que Le Nouvel Observateur - dans son édition du 16 août 2007 - se penche sur “les philosophes et les femmes” Michel Onfray s’écarte du sujet pour accuser la morale judéo-chrétienne d’être la cause de la situation actuelle des femmes dans la société.
1. L’infériorité statutaire des femmes est bien antérieure au christianisme et au judaïsme
Pour les romains comme pour les grecs, les femmes n’avaient pas les mêmes droits que les hommes. Dans la plupart des cultures on remarque une hiérarchie des sexes en défaveur des femmes. Le christianisme s’est greffé sur des cultures où les femmes étaient juridiquement et socialement inférieures à l’homme. On ne peut donc pas rendre coupable l’Eglise de cette réalité qui la dépasse.
2. L’Eglise a toujours rappelé l’éminente dignité de chaque personne
Pour l’Église, la dignité de chaque personne est la même. Homme et femme sont égaux. Bien sûr l’apôtre Paul invite les femmes à être “soumises à leur mari”. Mais il appelle les hommes à “aimer leur femme comme le Christ a aimé l’Église” : il a donné sa vie pour elle, il s’est sacrifié pour la sauver, il l’a aimé sans la juger pour ses péchés. La soumission dont il est question s’inscrit dans l’amour, dans un amour réciproque, manifeste, concret. La femme n’est jamais un objet ou un être inférieur. Elle n’est pas secondaire, ni au service de son homme : ce n’est pas une boniche, ni une potiche !
Cette égalité de dignité et de droit est fondamentale. Mais égalité ne signifie pas identité, uniformité. Ce qui signifie que les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes fonctions à remplir, ils n’ont pas le même rôle à assurer. Le prêtre bien sûr ne peut être qu’un homme, car Jésus a été lui-même un homme et que le prêtre est la figure du Christ, il agit en son nom. Mais ce n’est pas le prêtre qui est important dans l’Église, ce ne sont pas les évêques ou les cardinaux qui sont les plus grands dans l’Église. Le plus grand, c’est le saint ! C’est lui qui est valorisé, prié, étudié. Or, il y a plus de saintes que de saints. Et dans l’histoire, de nombreuses femmes ont joué un rôle spirituel et politique importants. N’est-ce pas Ste Thérèse d’Avila qui a conduit la rénovation du Carmel, y compris la branche masculine en influençant St Jean de la Croix. C’est Ste Catherine de Sienne qui persuade le pape Grégoire XI de quitter Avignon pour s’installer à Rome. C’est Ste Thérèse de Lisieux, “docteur de l’Église” qui est la plus lue aujourd’hui. C’est la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta - prix Nobel de la paix - qui représente aujourd’hui le mieux la dimension caritative de l’Église. Le rôle des femmes ne se limite pas à être épouse et mère, ce qui est aussi une dimension importante. En tout cas, être épouse et mère ne signifie pas qu’il faille être la bonne de son mari et de ses enfants et être cloitré à la maison !
3. Deux exemples de machisme qui ne viennent pas du christianisme
• Le droit de vote
Si les femmes n’ont pu obtenir le droit de vote en France qu’en 1944, ce qui est tardif par rapport à d’autres pays moins développés, c’est parce que les parlementaires de gauche, les radicaux, s’y sont opposés à de nombreuses reprises. Les dirigeants et élus du Parti Radical - qui ne s’ouvre aux femmes qu’en 1924 - étaient alors majoritairement affiliés aux loges maçonniques et étaient des anticléricaux féroces. Rappelons que ce sont les radicaux qui ont fait voter la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905. Mais cet anticléricalisme n’allait pas de pair avec la promotion des femmes en politique. En effet, ils refusaient de voir les femmes voter parce qu’ils craignaient que leur vote ne favorise l’Église puisqu’elles étaient plus nombreuses à être pratiquantes. C’est donc l’extrême gauche anticléricale de la fin XIXe et début XXe qui a eu l’attitude la plus machisme qui soit, non l’Église.
• La femme un objet sexuel
L’Église a défendu la dignité de la femme et l’a protégée de l’arbitraire des hommes.
D’une part, en imposant la monogamie car la polygamie, pratiquée dans de nombreuses sociétés, est toujours favorable à l’homme et défavorable aux femmes. La monogamie est le signe le plus clair de l’égalité entre les sexes.
D’autre part, en faisant du mariage un sacrement, en exigeant la liberté du consentement entre époux et la fidélité dans le couple. La fidélité, c’est l’assurance pour elle qu’elle ne sera plus répudiée en fonction des humeurs et désirs des hommes. C’est aussi une garantie pour la femme qu’elle n’est pas instrumentalisée, réduite à un rôle. La fréquentation des prostituées et des maisons closes, contraire à la morale, est bien le comble du machisme et de la négation de la femme. Et si la publicité réduit, aujourd’hui encore, la femme à son attrait sexuel, ce n’est pas à cause du christianisme !
Rendons à César ce qui est à César…
11 juin 2008 at 12:42
Bonjour,
Vous dites : “Le christianisme s’est greffé sur des cultures où les femmes étaient juridiquement et socialement inférieures à l’homme. On ne peut donc pas rendre coupable l’Eglise de cette réalité qui la dépasse.” C’est juste, mais on pourrait reprocher au christianisme d’avoir encouragé et fait perdurer cette inégalité juridique et sociale entre hommes et femmes alors qu’il s’est opposé à d’autres pratiques des sociétés grecques et romaines au sein desquelles il s’est développé.
Continuer au XXIème siècle par fidélité à une tradition et à une certaine interprétation du texte biblique à refuser aux femmes d’administrer les sacrements, d’être ministre du culte comme le fait l’église catholique romaine contrairement à d’autres églises chrétiennes peut être vu par certains (et certaines) comme une volonté de maintenir les femmes dans un rôle inférieur au sein de l’église.
Les raisons théologiques que certains peuvent avancer pour maintenir cette inégalité des rôles des deux sexes mes semblent bien faibles au regard du contre-témoignage que cette inégalité constitue.
RÉPONSE :
1. On peut s’accorder à dire que les inégalités entre hommes et femmes ne proviennent pas du christianisme. L’Eglise n’est pas responsable des injustices faites aux femmes. Ce n’est pas elle qui justifie les inégalités économiques, politiques, sociales entre les sexes.
2. L’Eglise a défendu l’égalité entre les sexes du point de vue moral. Elle a lutté contre la polygamie et la répudiation. Cela n’a pas été sans douleur, puisqu’en Angleterre, le roi Henri VIII a rejeté l’autorité du pape et a fondé une Eglise indépendante pour pouvoir se séparer de Catherine d’Aragon et se marier avec Anne Boleyn (puis avec 4 autres femmes). Imposer la liberté de consentement pour la validité du mariage et la fidélité dans le mariage, voilà qui était déjà bien difficile.
3. Dans les nations chrétiennes, des femmes ont pu exercer l’autorité politique suprême et régner comme reines. De mêmes, des femmes ont eu un rôle important dans des monastères ou fondations religieuses. Leur autorité spirituelle, doctrinale, pastorale a toujours été reconnue. Là encore il y a affirmation de leur égalité, de leur dignité.
4. Dans les églises protestantes et anglicanes les femmes exercent de plus en plus le rôle de pasteur et prennent en charge le culte. Par contre, dans les églises catholiques et orthodoxes, seul un homme peut être prêtre. On peut y voir de la discrimination. Mais c’est ne pas comprendre l’essence de son rôle. Car le prêtre n’exerce pas une profession quelconque. Il est la figure du Christ, il agit en son nom. Le Christ était un homme et non une femme. Voilà pourquoi les prêtres sont des hommes et qu’ils sont célibataires : pour être des signes du Christ ressuscité. D’autres fonctions très nobles, tels l’enseignement dans les Universités catholiques ou le catéchisme - qui est la transmission de la foi - sont exercées par des femmes. Elles peuvent jouer un rôle de conseiller de la Curie. Elles peuvent fonder des mouvements - comme Chiara Lubich qui a fondé les Focolari - et exercer ainsi un rôle de direction, d’autorité. Mais l’homme et la femme ne sont pas interchangeables en tout. Il y a une différence irréductible entre les sexes.
12 juin 2008 at 12:06
Bonjour,
Voulez vous dire que dans la conception chrétienne catholique une femme du fait de son sexe ne peut pas agir au nom du Christ ? Qu’une femme ne peut être signe du Christ ressuscité ?
Cette manière de limiter le rôle des femmes dans l’église, alors que celui des hommes ne l’est pas ne peut il pas être perçu comme une manière d’en faire des fidèles de second rang ?
RÉPONSE :
Pour les catholiques et les orthodoxes tout chrétien est appelé à être signe du Christ ressuscité dans sa vie concrète. Dans la vie spirituelle, l’exercice de la vertu et la sainteté il n’y a ni privilège ni handicap lié au sexe. Tous doivent témoigner de leur foi. Les laïcs et consacrés, hommes et femmes, peuvent partager certaines fonctions avec les prêtres, comme l’enseignement et le service aux autres. Mais les sacrements sont l’apanage du prêtre et du diacre qui ne peuvent effectivement être que des hommes parce que Jésus et les apôtres ont été des hommes. L’Église catholique reste fidèle à ce choix initial du Christ lui-même. Dans les évangiles on distingue des paroles de Jésus à l’attention des foules, de disciples au sens large, des apôtres. Les textes sur lesquels s’appuie l’Église pour ne donner le sacrement de l’ordre qu’aux seuls prêtres sont toujours des paroles personnelles aux apôtres. l’Église qui croit en Dieu, qui croit que Dieu est vivant, qu’il agit, qu’il a parlé, qu’il s’est révélé, qu’il a manifesté sa volonté, l’Église qui ne se conçoit pas comme un club ou une association spirituelle, est fidèle aux propos de Jésus Christ. Elle ne peut pas les interpréter à sa guise sans dénaturer leur importance. Autrement Jésus n’est plus qu’un philosophe parmi d’autres et chacun peut en faire sa lecture, il n’y a donc plus d’église, de peuple rassemblé par Dieu. Seuls les hommes peuvent donc prêter leur corps, leur parole, leur mains pour qu’il agisse et se manifeste dans les sacrements. Seuls des hommes peuvent dire “je te pardonne tes péchés”, “prenez et mangez en tous”, “je te baptise”. Car à ce moment là, leur parole est action, les mots agissent, c’est Jésus qui est là. Difficile à comprendre pour qui n’a pas la foi. Difficile à accepter lorsque l’on ne croit pas en Dieu.
En tout cas, je le répète, il n’y a pas de fidèles de second rang. La hiérarchie dans l’Église est fonction de la sainteté, de la fidélité à Dieu. Et là nulle distinction entre les sexes : les saintes valent les saints, en nombre et en dévotion. Ste Thérèse de l’enfant, qui a vécu dans un carmel, a eu plus d’influence et de reconnaissance que tous les prêtres qu’elle à pu côtoyer. Elle est “docteur” de l’Eglise, ses écrits sont lus, alors que les prêtres sont tous tombés dans l’oubli.
25 juin 2008 at 21:48
Le baptême ne peut être administré que par un homme ?!… Pourtant il me semblait que le baptême effectué au sein du protestantisme était reconnu par l’Église catholique, du moment qu’il était fait au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Or, puisqu’il existe, comme vous le rappelez, des femmes pasteurs, il y a donc des baptêmes, chez les protestants, qui sont administrés par des femmes. Ne sont-ils pas reconnus par l’Église catholique malgré tout ?
Cordialement,
Miky
RÉPONSE :
La question est intéressante. L’Église catholique reconnait en effet la validité du baptême dans les églises protestantes, quel que soit la personne qui administre le sacrement. La question du sexe n’intervient pas ici. La reconnaissance vaut pour une église, pas pour tel ou tel pasteur particulier.
Dans l’Église catholique il y a aussi reconnaissance du baptême fait par un laïc - qu’il soit homme ou femme - lorsque la personne qui le demande est mourante et qu’un clerc ne peut le lui administrer. C’est une situation exceptionnelle. Mais là le sexe ne compte plus. C’est vraiment la distinction laïc/clerc qui est importante, et parmi les laïcs il y a des hommes et des femmes. Le pasteur étant un laïc, son sexe n’a pas d’importance pour le sacrement. La reconnaissance va au laïc indépendamment de son sexe.