Alors que Le Nouvel Observateur - dans son édition du 16 août 2007 - se penche sur “les philosophes et les femmes” Michel Onfray s’écarte du sujet pour accuser la morale judéo-chrétienne d’être la cause de la situation actuelle des femmes dans la société.

1. L’infériorité statutaire des femmes est bien antérieure au christianisme et au judaïsme

Pour les romains comme pour les grecs, les femmes n’avaient pas les mêmes droits que les hommes. Dans la plupart des cultures on remarque une hiérarchie des sexes en défaveur des femmes. Le christianisme s’est greffé sur des cultures où les femmes étaient juridiquement et socialement inférieures à l’homme. On ne peut donc pas rendre coupable l’Eglise de cette réalité qui la dépasse.

2. L’Eglise a toujours rappelé l’éminente dignité de chaque personne

Pour l’Église, la dignité de chaque personne est la même. Homme et femme sont égaux. Bien sûr l’apôtre Paul invite les femmes à être “soumises à leur mari”. Mais il appelle les hommes à “aimer leur femme comme le Christ a aimé l’Église” : il a donné sa vie pour elle, il s’est sacrifié pour la sauver, il l’a aimé sans la juger pour ses péchés. La soumission dont il est question s’inscrit dans l’amour, dans un amour réciproque, manifeste, concret. La femme n’est jamais un objet ou un être inférieur. Elle n’est pas secondaire, ni au service de son homme : ce n’est pas une boniche, ni une potiche !

Cette égalité de dignité et de droit est fondamentale. Mais égalité ne signifie pas identité, uniformité. Ce qui signifie que les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes fonctions à remplir, ils n’ont pas le même rôle à assurer. Le prêtre bien sûr ne peut être qu’un homme, car Jésus a été lui-même un homme et que le prêtre est la figure du Christ, il agit en son nom. Mais ce n’est pas le prêtre qui est important dans l’Église, ce ne sont pas les évêques ou les cardinaux qui sont les plus grands dans l’Église. Le plus grand, c’est le saint ! C’est lui qui est valorisé, prié, étudié. Or, il y a plus de saintes que de saints. Et dans l’histoire, de nombreuses femmes ont joué un rôle spirituel et politique importants. N’est-ce pas Ste Thérèse d’Avila qui a conduit la rénovation du Carmel, y compris la branche masculine en influençant St Jean de la Croix. C’est Ste Catherine de Sienne qui persuade le pape Grégoire XI de quitter Avignon pour s’installer à Rome. C’est Ste Thérèse de Lisieux, “docteur de l’Église” qui est la plus lue aujourd’hui. C’est la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta - prix Nobel de la paix - qui représente aujourd’hui le mieux la dimension caritative de l’Église. Le rôle des femmes ne se limite pas à être épouse et mère, ce qui est aussi une dimension importante. En tout cas, être épouse et mère ne signifie pas qu’il faille être la bonne de son mari et de ses enfants et être cloitré à la maison !

3. Deux exemples de machisme qui ne viennent pas du christianisme

Le droit de vote

Si les femmes n’ont pu obtenir le droit de vote en France qu’en 1944, ce qui est tardif par rapport à d’autres pays moins développés, c’est parce que les parlementaires de gauche, les radicaux, s’y sont opposés à de nombreuses reprises. Les dirigeants et élus du Parti Radical - qui ne s’ouvre aux femmes qu’en 1924 - étaient alors majoritairement affiliés aux loges maçonniques et étaient des anticléricaux féroces. Rappelons que ce sont les radicaux qui ont fait voter la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905. Mais cet anticléricalisme n’allait pas de pair avec la promotion des femmes en politique. En effet, ils refusaient de voir les femmes voter parce qu’ils craignaient que leur vote ne favorise l’Église puisqu’elles étaient plus nombreuses à être pratiquantes. C’est donc l’extrême gauche anticléricale de la fin XIXe et début XXe qui a eu l’attitude la plus machisme qui soit, non l’Église.

La femme un objet sexuel

L’Église a défendu la dignité de la femme et l’a protégée de l’arbitraire des hommes.
D’une part, en imposant la monogamie car la polygamie, pratiquée dans de nombreuses sociétés, est toujours favorable à l’homme et défavorable aux femmes. La monogamie est le signe le plus clair de l’égalité entre les sexes.

D’autre part, en faisant du mariage un sacrement, en exigeant la liberté du consentement entre époux et la fidélité dans le couple. La fidélité, c’est l’assurance pour elle qu’elle ne sera plus répudiée en fonction des humeurs et désirs des hommes. C’est aussi une garantie pour la femme qu’elle n’est pas instrumentalisée, réduite à un rôle. La fréquentation des prostituées et des maisons closes, contraire à la morale, est bien le comble du machisme et de la négation de la femme. Et si la publicité réduit, aujourd’hui encore, la femme à son attrait sexuel, ce n’est pas à cause du christianisme !

Rendons à César ce qui est à César…