14 mars 2008
Comme des millions de français, Polnareff ne croit pas au paradis. C’est pourquoi il s’en moque, et que cette chanson est un tube.
Que veut Polnareff ? Quel est le sens de la chanson ? D’une manière habile, sur un rythme joyeux et entrainant, Polnareff dénonce les croyances en une vie après la mort et conteste le fondement même des religions. Car chaque religion revendique le monopole de l’accès à la meilleure destinée dans l’au-delà. Quelle que soit la conception du paradis (du nirvana disent les bouddhistes), il y a une voie spécifique d’accès par laquelle il faut passer, et cette voie est définie par chaque religion. En affirmant qu’on ira tous au paradis, Polnareff rejette les religions comme moyens de salut ou de perfection.
Le paradis existe-t-il ? C’est la question du sens de notre vie qui est posée ici. Celle qu’on se pose depuis des millénaires. L’existence d’une vie après la mort est le fondement de toutes les religions, de toutes les spiritualités. St Paul le disait clairement : “S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine, vaine aussi notre foi.” (1 corinthiens chap.15, v.13-14) S’il n’y a pas de vie après la mort, la religion n’a plus autant de sens. Cela dit, il n’y a là aucune certitude absolue, il n’y a pas de preuve au sens scientifique du terme. Il y a une croyance contre une autre, une foi contre une autre. Le choix de l’une ou de l’autre n’est cependant pas équivalent. C’est pourquoi Pascal invitait à passer à la foi : “Pesons le gain et la perte, en prenant choix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est, sans hésiter.” L’athée et l’agnostique se demanderont alors vers quel Dieu se tourner, dans quelle religion pratiquer, et quel paradis proposé par les religions est le bon… Et là encore, ce sera foi contre foi, croyance contre croyance. En tout cas, le nirvana bouddhiste n’a rien à voir avec le paradis des musulmans qui diffère du paradis des chrétiens.
Pour les chrétiens, le paradis est une relation de personne à personne, c’est l’intimité avec Dieu, c’est le coeur à coeur avec le Créateur : “la vie éternelle, dit Jésus, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé” (Evangile selon St Jean, chap.17, v.3). Cette relation n’est cependant pas fusionnelle, l’individu n’est pas confondu ou fondu dans le Tout. Le paradis est une relation d’amour, de louange, d’adoration des hommes avec leur Sauveur. Il ne ressemble pas à certaines projections humaines qui font du paradis un endroit où le plaisir terrestre est à son comble. Le paradis des chrétiens n’est pas un “jardin des délices” où l’on se rassasie des plaisirs manqués ici bas, ni l’extinction de tous les désirs dans un sommeil éternel, mais une relation d’amour qui comble le coeur de l’homme. Car comme le disait Pascal, “il y a dans le coeur de l’homme un vide qui pourrait prendre la forme de Dieu”. Bref, les paradis proposés par les religions sont très différents et ne se valent pas. On comprend donc que les athées et agnostiques rejettent ces paradis qui semblent trop beau pour être vrai, ou qui semblent humains trop humains.
Comment accéder au Paradis ? Si le paradis existe, alors il doit y avoir un moyen d’y accéder. Toutes les religions proposent un cheminement intérieur, le plus souvent en communauté, pour arriver au paradis ou à l’état de béatitude maximal. Le paradis semble donc se mériter, par des efforts, des renoncements, des actes. Il faut payer - de sa personne, de son temps, de sa raison, de son argent… - pour obtenir le Ciel. Sinon, c’est soit la réincarnation et son cycle de souffrances, soit l’Enfer.
La chanson de Polnareff est volontairement provocatrice. Pour les croyants, les paroles sont scandaleuses : Tous iront au paradis… oui, “toutes les bonnes sœurs et les voleurs”, ![]()
“toutes les brebis, tous les bandits”, “avec les
saints et les assassins”… Voilà donc Ben Ladden placé sur le même plan que l’abbé Pierre, Hitler traité avec le même égard que Ste Thérèse de Lisieux ! Polnareff semble dire que tout cela n’existe plus, il n’y a rien, tous sont morts et le restent.
Pourtant, pour le chrétien, la mort n’est qu’une étape. Le mal fait, les péchés commis, seront jugés. Il y aura une Justice. Et cette Justice est source d’espérance. “Je suis convaincu, dit le pape Benoît XVI, que la question de la justice constitue l’argument essentiel, en tout cas l’argument le plus fort, en faveur de la foi dans la vie éternelle.“ La mort ne peut pas avoir le dernier mot, ni dans cette vie, ni dans l’autre. Les crimes ne restons pas sans jugement, ni le mal sans réponse. Dieu ne passe pas l’éponge. Même s’il est miséricordieux, il ne peut y avoir de salut sans pardon, ce qui suppose le regret et la conversion.
Pour les chrétiens, le paradis ne se monnaye pas. Personne n’a droit au salut. Personne ne peut mériter, ni gagner le Ciel. On ne peut pas se sauver soi-même. Les efforts ne servent à rien. C’est Jésus-Christ seul qui nous sauve. C’est lui notre seul chemin, c’est lui notre unique libérateur. C’est lui notre Porte. Ste Thérèse de l’enfant de Jésus disait qu’il était comme notre ascenseur pour aller vers Dieu. C’est Dieu qui nous fait entrer au Paradis c’est-à-dire dans sa vie intime, dans sa relation d’amour. Nous, nous n’avons droit à rien. C’est par amour, par grâce qu’il nous sauve, pas par mérite.
La religion chrétienne n’est pas faite pour nous donner le Ciel après la mort, mais pour commencer à vivre le Ciel dès ici bas. Car si le paradis c’est de vivre en Dieu, alors nous pouvons déjà commencer maintenant et le vivre, un peu, dans le quotidien. C’est une différence essentielle avec les autres religions qui se veulent nécessaires pour le salut.
Alors, ira-t-on au Paradis ? On verra…
14 avril 2008 at 19:39
Article très intéressant. J’avoue qu’il m’en faut beaucoup pour m’indigner d’une chanson et je trouvais celle-ci plutôt positive. Bien que j’ai la foi et que je suis d’accord avec toi au sujet du paradis, je n’aime pas penser que le salut ne puisse être ouvert à tous, quelle que soit leur religion (ou absence de religion).
REPONSE
Je ne conteste pas que “le salut ne puisse être ouvert à tous”. L’Église catholique affirme que tous les hommes sont créés et aimés par Dieu, quelle que soit leur couleur de peau, leur intelligence, leur condition sociale ou leur religion. Mais ce salut n’est pas un droit, il n’est pas automatique. Si le paradis c’est quelqu’un, c’est la communion avec Dieu, comment peut-il s’imposer à tous ? On peut le renier, le rejeter, le refuser. En même temps, Dieu étant amour, on ne peut vivre en Lui et avec Lui que s’il nous transforme intérieurement, s’il nous lave de nos péchés, s’il change notre mentalité pour être nous aussi tout amour. Ce qui suppose un temps de purification. Il faut se préparer, pour participer aux noces des mariés et se réjouir avec eux.
Si le paradis c’est quelqu’un et non quelque chose, si c’est une relation et non un état, alors toutes les religions ne se valent pas. Car si toutes peuvent être utiles - ou ne sont pas un obstacle - pour la vie après la mort, elles ne permettent pas d’entrer, ici et maintenant, dans cette vie éternelle, dans ce paradis qui est l’amour de Dieu pour nous.
15 avril 2008 at 0:06
Je pense que l’humain est comme une télé. Il fonctionne et un jour il s’éteint. La télé a-t-elle conscience qu’on l’éteint ? Je crois que le jour où nous mourrons nous n’aurons conscience de rien, nous ne sentirons ni ne verrons rien, ce sera le néant mais nous n’aurons même pas conscience de ça. Pas de paradis ou d’enfer, je le crois. Les religions ont grand intérêt à “tenir” les humains grâce à la peur.
1. Le rapprochement de l’homme avec la télévision n’est pas pertinent. La télévision étant une chose, elle n’a jamais conscience d’elle-même, ni qu’on l’allume, ni qu’on la bouge, ni qu’on zappe, ni qu’on l’éteint. L’homme a une conscience, c’est ce qui l’amène à se poser des questions, en particulier sur le sens de la vie, sur la souffrance et la mort.
2. Sur ce qu’il y a après la mort, il n’y a que des croyances : vous croyez qu’il n’y a rien, c’est votre point de vue, respectable et légitime, mais qui n’est ni plus sûr ni plus raisonnable que celui de ceux qui croient en un après. Vous êtes aussi “croyants” en un non avenir que les croyants au paradis ou que les bouddhistes qui croient au cycle de la “renaissance”.
3. Ce ne sont pas tant les religions que les hommes qui les inventent et les dirigent - les leaders religieux ou spirituels - qui peuvent avoir besoin de la peur pour légitimer leur pouvoir et le faire durer. Faire peur pour se faire obéir est tellement facile que même les parents se risquent à traumatiser leurs enfants chéris en les menaçant d’être corrigé par le père fouettard, d’être puni à la cave où il y a le loup. Une anecdote personnelle : j’étais l’autre jour dans un hypermarché avec ma fille de 3 ans, et comme celle-ci faisait des histoires, une employée lui dit comme ça “si tu n’obéis pas à ton papa, je t’emmène”… c’est bien la peur qui est utilisée pour se faire obéir. Donc oui des leaders spirituels ou religieux peuvent utiliser la peur - ou l’espérance du bonheur éternel - pour exiger la soumission et jusqu’au sacrifice de la vie au nom d’un idéal (souvent plus politique que religieux). Mais ne généralisons pas. Le Christ nous parle d’un Dieu qui aime, qui nous sauve, qui nous donne la vie éternelle dès ici bas. C’est maintenant que la foi est importante, pour aujourd’hui, pas seulement pour le futur.