Dirigée par des hommes d’Église, luttant contre l’hérésie au nom de la pureté de la foi, défendant l’ordre politique et social, l’Inquisition apparait comme l’archétype de l’intolérance religieuse. La plupart des gens assimilent cette institution judiciaire à l’arbitraire, à la torture et au bûcher.

1. Les catholiques d’aujourd’hui ne sont comptables du passé.

L’inquisition est aujourd’hui fort utile à tous ceux qui dénigrent la religion car elle leur permet de refouler les questions religieuses, de fermer la bouche aux croyants. Comme si les croyants d’aujourd’hui étaient responsables de l’action de croyants du passé. Comme si l’inquisition était au programme des évangiles donc inhérent au christianisme. Comme si en chaque croyant sommeillait un fanatique en puissance près à imposer ses idées par la force.

Agiter l’histoire de l’inquisition comme un épouvantail anti-catholique est donc pratique et efficace, puisque les croyants sont déstabilisés par elle, mais terriblement malhonnête. C’est comme si on rendait responsables les français du XXIe siècle des conséquences des politiques de colonisation des gouvernements français de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. C’est comme si on considérait que les Allemands sont des nazis ou les Français des collabos. C’est comme si on rappelait systématiquement à ceux qui se disent républicains, que la République c’est l’injustice, l’échafaud et la Terreur ! C’est comme si on disait des Américains que ce sont des esclavagistes et des racistes, à cause de l’époque où l’esclavage était légal et l’époque suivante de ségrégation raciale où blancs et noirs étaient socialement et géographiquement séparés.

2. L’Inquisition est contradictoire avec les principes du christianisme

L’Inquisition est une institution particulière, qui ne s’assimile pas à l’Église, et qui n’a existé que pendant une courte période de l’histoire de l’Église. Rien dans les fondements du christianisme ne justifie une telle institution. L’Inquisition n’a rien à voir avec la foi chrétienne. Car, à la différence d’autres religions ou idéologies, le principe de contrainte ou de pouvoir est absent du christianisme. Ni les évangiles, ni les épitres - ces lettres anciennes des apôtres, intégrées dans le Nouveau Testament - ne prônent l’usage de la force. Jésus et ses apôtres ont choisi le camp des victimes plutôt que celui des bourreaux. Ils sont morts en martyrs pacifiques et non en combattant les armes à la mains. L’Inquisition est donc une erreur dans l’histoire de l’Église.

3. L’Inquisition, une institution au service du pouvoir politique

L’Inquisition a certes servie les intérêts de l’Église mais elle a surtout servie ceux des princes et des rois qui trouvaient en elle un précieux outil pour éliminer les opposants, affaiblir les ennemis et affermir leur autorité sur leurs sujets.

En Espagne, l’Inquisition était dirigée par le Roi - et non le pape - qui nommait le “Grand Inquisiteur”. L’Inquisition a été un instrument pour assurer la cohésion culturelle d’une nouvelle nation qui se constituait au fur et à mesure que le territoire espagnol était reconquis aux musulmans. La nation devait, en effet, être unie autour du roi. Et les biens pris aux hérétiques servaient à financer les besoins de cet État nouveau.

En France, la lutte contre les cathares à surtout permis de rebattre les cartes du pouvoir entre les princes du Sud de la France. Puis Philippe Le Bel (XIIIe-XIVe siècle) se servit de l’inquisition française pour éliminer l’ordre des Templiers en France et récupérer leurs biens. C’est aussi l’inquisition française, dont les juges étaient alliés aux anglais, qui déclara hérétique la pucelle d’Orléans et condamna au bûcher l’ennemie politique de l’Angleterre qui deviendra Ste Jeanne d’Arc.

L’Inquisition a donc été au service du pouvoir politique qui l’a utilisé pour affermir son pouvoir sur la société. Il n’y aurait pas eu d’Inquisition, si le pouvoir politique ne l’avait pas voulu, s’il n’en avait pas eu besoin.

4. Autres temps, autres mœurs

Rappelons que la liberté de penser et d’expression n’a jamais été accordé aux sujets d’un empereur ou d’un roi.

Dans l’antiquité, les chrétiens étaient persécutés parce qu’ils refusaient d’offrir des sacrifices aux dieux et à l’Empereur, ce qui était inacceptable pour le pouvoir politique. Rappelons que Néron, au Ier siècle, fit arrêter les chrétiens rendus responsables (à tord) de l’incendie de Rome pour en faire des torches vivantes dans son jardin. L’inquisition n’a pas inventé le bûcher et n’en a pas eu, malheureusement, le monopole.

En Angleterre, le roi Henri VIII (XIVe-XVe siècle) s’est permis de s’affranchir de la tutelle romaine, il a rompu ses relations avec le Vatican et fondé une église autonome dont il était le Souverain : l’Église anglicane. La liberté qu’il s’est accordé, il ne l’accorda pas à ses sujets. Ceux qui n’acceptèrent pas sa Souveraineté et qui restaient fidèles au pape durent s’exiler ou furent exécutés, comme Thomas More.

En France, les révolutionnaires condamnèrent également à l’exil ou à l’échafaud ceux qui s’opposaient au nouveau gouvernement du peuple. Les “ennemis de la révolution”, les royalistes, payèrent le prix fort de leur liberté de penser et d’expression.

Et Jean Calvin - qui a connu l’exil pour ses idées - fit lui-aussi brûler deux hérétiques - dont Michel Servet le 25 octobre 1553 - dans la jeune République de Genève qu’il gouvernait. Le pouvoir théocratique dont il disposait c’est-à-dire à la fois religieux et politique, étant menacé par ces opposants, il les élimina. Et il ordonna qu’il en soit fait de même des sorcières.

L’Inquisition n’a donc pas été la seule institution à assurer la police de la pensée dans l’histoire. Aucun pouvoir politique n’a permis aux opposants d’exprimer leur point de vue.

L’Inquisition n’a pas le monopole de l’intolérance et de la violence. D’autres tribunaux laïcs utilisèrent la torture et mirent à mort des personnes qui refusaient de se soumettre au pouvoir politique ou avaient un comportement subversif (St Thomas d’Aquin note ainsi dans la Somme théologique que les pouvoirs civils mettent à mort les faux monnayeurs qui sapent les fondements de l’économie). Dans les épisodes de conflits - comme la guerre d’Algérie pour n’évoquer qu’un moment de notre histoire contemporaine - la torture a été utilisée pour obtenir des renseignements de ceux qui étaient considérés comme des ennemis.

L’Inquisititon n’est pas la seule institution à avoir confisqué les biens des condamnés à mort, les révolutionnaires français prirent les biens du clergé, comme les nazis spolièrent les juifs et les communistes la noblesse, la bourgeoisie et l’Église aussi.

Conclusion

L’Inquisition est une institution judiciaire qui a été au service du pouvoir politique. Elle a servi à assurer la cohésion des peuples autour de leur souverain. Parmi ses victimes on trouve de nombreux croyants, profondément catholiques, comme Savonarole. L’inquisition est contraire à la foi catholique, à l’enseignement de Jésus-Christ et des apôtres. Les croyants que nous sommes n’avons rien à voir avec elle, comme les républicains n’ont pas à se sentir responsable des méfaits de la révolution. L’Inquisition n’a pas été une exception dans l’histoire, elle n’a malheureusement pas le monopole de l’intolérance et de la répression.