L’écologie, une importance croissante

« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, dit le Concile Vatican II, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ » (1). Aussi, comme le notait le pape Paul VI en mars 1971, « nous ne pouvons, rester indifférents à l’anxiété, désormais mondiale, suscitée par la pollution de ces éléments naturels [que sont l'eau et l'air] auxquels est liée d’une façon inéluctable la vie physique et même morale de l’homme. » (2) Cette attention aux préoccupations du monde contemporain ne se limite pas en un soutien moral ou spirituel. Elle s’accompagne d’une action pour changer le cours des choses. Paul VI encourageait les chrétiens à agir pour sauvegarder l’environnement : « Nous ne pouvons qu’applaudir ceux qui ont le souci de défendre ces indispensables biens naturels (l’eau et la terre) ou de leur restituer leur pureté foncière et leur vertu naturelle, génératrice de santé physique, personnelle et sociale, pour l’être humain. » (2) Vingt ans après, la situation ne s’est cependant pas améliorée. « Face à la dégradation générale de l’environnement, disait Jean-Paul II, l’humanité se rend compte désormais que l’on ne peut continuer à utiliser les biens de la terre comme par le passé. » « On assiste, poursuivait-il, à la formation d’une conscience écologique qu’il ne faut pas freiner mais favoriser » (3). Et Benoît XVI disait récemment à des jeunes italiens lors d’une messe que « l‘un des domaines dans lequel il apparaît urgent d’œuvrer, est sans aucun doute la protection de la création » (4). Les croyants sont donc appelés à agir en faveur de l’environnement.

L’écologie n’est pas qu’un phénomène de mode

« La question écologique ne doit pas être affrontée seulement en raison des perspectives effrayantes que laisse entrevoir la dégradation environnementale » (5). « La préoccupation pour l’écologie n’est pas une simple réaction aux plus pressentes et récentes menaces liées au réchauffement climatique global. » (6) L’engagement en faveur de l’écologie n’est pas passager, temporaire, lié à l’urgence de la situation. Il est profondément lié à la foi en Dieu. Le problème écologique actuel ouvre les yeux aux croyants sur les conséquences du péché - de l’égoïsme de l’homme - sur l’environnement. Il interpelle le chrétien sur sa foi, sur son rapport à la création et à l’autre. Jean-Paul II a insisté sur « l‘obligation grave de prendre soin de toute la création », pour les catholiques, qui « découle directement de [la] foi en Dieu créateur » (3).

L’écologie ne s’oppose pas à l’homme

Benoît XVI indique également que l’écologie défendue par l’Église n’est pas celle des écologistes radicaux, les tenants de l’écologie profonde : « respecter l’environnement ne veut pas dire que l’on considère la nature matérielle ou animale comme plus importante que l’homme. » (7) « L’être humain a évidemment une primauté de valeur sur toute la création ». (7) Mais, il ne s’agit pas là d’un anthropocentrisme démesuré car l’homme n’est qu’une créature, il n’est pas Dieu, il ne peut agir comme il le souhaite.

Saint François ou le bon rapport entre l’homme et l’environnement

En proclamant, le 29 novembre 1979, Saint François d’Assise patron céleste des écologistes, le pape Jean-Paul II n’a pas seulement encouragé solennellement les chrétiens préoccupés d’agir pour l’environnement. Il n’a pas seulement béni l’action de quelques individus mais il a reconnu l’écologie comme une préoccupation de l’Église. François d’Assise, qui était déjà un modèle de foi pour les chrétiens du monde entier comme saint, est désormais un modèle du chrétien tel qu’il doit se comporter avec la création : Il « donne aux chrétiens un exemple de respect authentique et sans réserve pour l’intégrité de la création » (3). Il n’est pas qu’un modèle pour les chrétiens attentifs à l’écologie mais pour tous les chrétiens qui y trouvent la bonne manière de vivre leur rapport à l’environnement, la juste manière de considérer la création.

Respecter la création par amour de Dieu

La création est l’œuvre de notre Dieu, un cadeau qu’Il nous fait, pour vivre et nous émerveiller.

Quand on reçoit un cadeau d’une personne qui nous aime, si nous aussi nous l’aimons, nous prenons soin de son cadeau. Si on n’aime pas la personne, on y fait moins attention. L’amour pour Dieu doit donc se traduire par un respect envers le cadeau de ce monde que Dieu nous donne. Le cadeau reçu nous rappelle l’amour de celui qui nous l’a offert. La beauté du monde nous invite également à nous rappeler que quelqu’un nous aime. « Le ciel raconte la gloire de Dieu, et l’œuvre de ses mains, le firmament l’annonce » dit le psalmiste (Psaume 18, 2) La nature est un signe de la grandeur du Créateur, elle nous invite à l’émerveillement, à l’étonnement, à l’amour même pour Celui qui nous donne de voir tant de beauté. En défigurant le monde, par la pollution, l’homme limite la possibilité pour d’autres de découvrir Dieu, de voir ses traces, de goûter un peu à son existence.

Ce monde ne nous a cependant pas été donné mais seulement confié. Nous n’en sommes pas propriétaires, nous n’en sommes que les gestionnaires. Il ne nous appartient pas, nous ne pouvons en faire ce que nous en voulons. Le Livre de la Genèse indique la mission de l’homme. Premièrement, il doit “dominer” les animaux (Gn 1, 25 et 28). Ce qui ne veut pas dire qu’il peut les exterminer ou les faire souffrir inutilement. Deuxièmement, il doit « cultiver » le jardin d’Eden et le « garder » (Gn 2, 15). Il n’a pas vocation à exploiter le monde jusqu’à le détruire. Il n’a pas l’autorisation de le dégrader, de le polluer, de le saccager. « La seigneurie de l’homme n’est pas absolue » disait Jean-Paul II (8). L’homme n’est qu’un intendant qui doit se montrer digne de la tâche qui lui est confiée. Hélas, « l’humanité à déçu l’attente divine » ( 8 ) en ne se comportant plus comme un “ministre du créateur” mais comme un « patron absolu”, comme un « despote” autonome (4). « Nous devons constater que nous trahissons encore le mandat que Dieu nous a confié ». (9)

Cela dit, « lorsque de gardiens, on devient tyrans de la nature, celle-ci, tôt ou tard, se rebelle à la négligence de l’homme ». (10)

Respecter la création, par amour du prochain

Le pape Benoît XVI a rappelé récemment que la Terre est « notre maison commune », la maison de « la famille humaine » (7). Comme toute maison, elle doit être accueillante, source de bien être et de partage. Les hommes doivent donc la respecter, la soigner, l’embellir, car « toute attitude irrespectueuse envers l’environnement porte préjudice à la convivialité humaine » (11).

Le respect de la création trouve son sens dans le respect dans la vie des autres hommes. Si le chrétien est invité à agir en faveur de la préservation de la terre, c’est pour le bien d’autrui, par amour pour le prochain : les pauvres, les malades (12), les enfants, les générations à venir. Le soucis de l’écologie découle du soucis pour les hommes. L’Église dénonce l’égoïsme de l’homme qui pousse à ne se préoccuper que de soi au détriment des autres. On ne peut donc agir sans prendre en compte les conséquences sur autrui. C’est pourquoi le pape Jean-Paul II disait que la crise écologique est avant tout une crise morale (3) qui nécessite une conversion morale et un changement de notre « style de vie » trop basé sur l’hédonisme et la consommation. Jean-Paul II indiquait la voie : « l’austérité, la tempérance, la discipline et l’esprit de sacrifice doivent marquer la vie de tous les jours, afin que tous ne soient pas contraints de subir l’incurie de quelques uns. » (3) Benoît XVI indiquait le même chemin aux jeunes : « Allez à contre-courant : n’écoutez pas les voix intéressées et séduisantes qui, de toutes parts, diffusent aujourd’hui des modèles de vie basés sur l’arrogance et la violence, le pouvoir et le succès à tout prix, l’apparence et la possession, au détriment de l’être. (…) N’ayez pas peur, chers amis, de préférer les voies “alternatives” indiquées par l’amour véritable: un style de vie sobre et solidaire ; des relations d’affection sincères et pures ; un engagement honnête dans l’étude et le travail ; l’intérêt profond pour le bien commun. » (4) L’Église nous appelle au partage, à la solidarité, à agir avec amour à l’image de Celui qui nous aime.

Le chrétien ne peut pas prendre à la légère les problèmes écologiques. Sa foi et son amour en Dieu l’amènent à prendre soin du bien de son créateur, à en user dans un esprit de partage, de solidarité avec tous, les pauvres et les générations futures compris.

Notes

(1) Constitution pastorale Gaudium et spes, “Avant propos”, 7 décembre 1965

(2) Paul VI, Discours sur les problèmes de la pollution de l’eau et de l’air, 17 mars 1971

(3) Jean-Paul II, “La paix avec Dieu créateur, la paix avec toute la création”, Message pour la Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 1990

(4) Benoît XVI, Homélie, Rencontre “Agora” des Jeunes au sanctuaire de Lorette, dimanche 2 septembre 2007

(5) Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l’église, 29 juin 2004, n.486

(6) Conseil Pontifical pour le dialogue Inter-religieux, “Chrétiens et Bouddhistes : prendre soin de la planète terre”, Message aux Bouddhistes pour la fête du Vesakh 2008

(7) Benoît XVI, Message pour la célébration de la Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2008, n.7-8

( 8 ) Jean-Paul II, “L’engagement pour éviter une catastrophe écologique majeure”, Audience générale, Mercredi 17 janvier 2001

(9) Jean-Paul II et Bartholomaios I (Patriarche œcuménique), Déclaration de Venise, lundi 10 juin 2002

(10) Jean-Paul II, Message pour la XXIIIe Journée Mondiale du Tourisme, 27 septembre 2002

(11) Benoît XVI, Message pour la célébration de la Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2007, n.9

(12) Jean-Paul II, Message pour la VIIIe Journée Mondiale du Malade, 11 février 2000, n.2