Sur la question de la place de la femme dans la société, il semble que la franc-maçonnerie n’ait pas de leçon à donner à l’Église. Un article du Nouvelobs.com vient nous rappeler, en effet, qu’il y a un débat interne à la franc-maçonnerie sur la question de la mixité des loges pour l’instant interdite dans la plupart des grandes organisations.  Les femmes doivent être initiés par des femmes, disent les responsables. Et comme il n’y a pas de femmes dans les grandes obédiences maçonniques, les femmes restent à la porte.

Dans l’Église, hommes et femmes ont accès aux mêmes sacrements de l’initiation chrétienne (baptême, communion, confirmation) et de guérison (confession, onction des malades). Hommes et femmes ont les mêmes droits, les mêmes devoirs, qu’ils soient laïcs ou religieux, mêmes reconnaissance également pour ce qui concerne la sainteté ou l’exercice de l’autorité. Mêmes les nouvelles communautés religieuses sont ouvertes à la mixité, que l’on pense à la Fraternité de Jérusalem, au Verbe de Vie ou à la communauté des Béatitudes.

Les femmes qui ont voulu suivre l’exemple des moines et des religieux n’ont pas été mise de côté, mais accompagnées, épaulées, aidées par les hommes. Aujourd’hui encore, les moniales recluses dans leur monastère reçoivent les sacrements et les enseignements de l’église. C’est un prêtre, figure du Christ, qui les soutient dans leur vie chrétienne.

A bien y regarder, l’Eglise n’est pas en retard mais en avance…

matmata.pngL’antichristianisme est commercialement porteur. Après les romans de Dan Brown et les essais de (pseudo) philosophie de Michel Onfrey, c’est au tour des chansons de Matmatah de connaitre leur heure de gloire. “La cerise”, une ode à l’hédonisme antichrétien, est devenue en quelques mois un tube en France, diffusée en boucle sur les radios les plus écoutées. Il faut avouer que, musicalement, c’est la chanson la plus aboutie du groupe.

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I. Une charge insidieuse contre le christianisme

La religion un opium ? Matmatah se sert de quelques références antireligieuses historiques. Karl Marx, tout d’abord, qui considérait que “la religion est l’opium du peuple”, et que Matmatah à repris en disant que “les théocrates dealent” : autrement dit, les religieux, les prêtres vendent l’opium de la religion au peuple. Seulement, la conception de Marx était autrement plus complexe. Pour lui, la religion est “le soupir de la créature opprimée”, c’est une béquille qui aide l’humanité exploitée économiquement et dominée politiquement à donner un sens à la vie, à trouver la force de vivre malgré les injustices, par l’espérance d’un avenir meilleur, de justice et de paix. Si donc Marx dénonce la religion c’est parce qu’elle est un obstacle à la révolte sociale et à la révolution politique. Or Marx se fait prophète d’une nouvelle ère par la révolution du prolétariat, grâce au soulèvement des masses. Il rejette la religion qui se trouve au service de la domination bourgeoise. On est loin des théocrates qui dealent… Mais Marx est excessif. lacordaire.jpgCar l’Eglise n’est pas restée sans voix face à l’oppression et l’injustice. De Saint Jacques (dans le Nouveau Testament) à l’abbé Pierre, de saint Basile le Grand à Benoît XVI, l’Eglise n’a cessé de dénoncer l’avarice, l’égoïsme et l’exploitation de l’homme par l’homme. L’année même où Marx écrit avec Engels le Manifeste du Parti communiste, Henri-Dominique Lacordaire en appelle à l’intervention de l’Etat pour protéger les exploités : “Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit” (1848). Bien avant Marx des évêques ont dénoncé le travail des enfants et les effets pervers du travail de nuit des femmes sur la famille. La religion n’est pas un opium : elle n’a pas servi qu’à détourner le regard des hommes vers un ailleurs idéal voire imaginaire. Elle a donné du pain à ceux qui n’en avaient pas, elle a organisé l’entraide envers ceux qui étaient dans le besoin, elle a donné l’éducation à ceux qui étaient abandonnés.
Ou est-ce l’opium qui est devenu religion ? Aujourd’hui, c’est plutôt l’opium qui est devenu la religion du peuple. C’est bien l’alcool et les drogues, ces “paradis artificiels”, qui sont devenus les béquilles qui permettent aux hommes de supporter leur quotidien, de fuir leurs problèmes, d’accepter leur sort. Et Matmatah le sait ; lui qui a écrit et chanté “L’apologie” au cannabis dans son album La Ouache. Matmatah dénonce un opium pour en proposer un autre… Faut-il vraiment préférer la drogue à la religion ? Fumer des joints et s’enivrer d’alcool rendent-ils plus libres et plus heureux que la pratique de la religion ? L’hédonisme auquel il nous convie est-il source de solidarité et d’entraide comme l’a été et l’est la religion ? Si Dieu existe ? Je n’en sais rien. Quel est le plus beau des jardins ? Quel est le plus beau des jardins en effet : le paradis au sens religieux (la présence de Dieu) ou les paradis artificiels ?
freud.jpgLa religion une névrose ? La deuxième allusion concerne Sigmund Freud. Du père de la psychanalyse, Matmatah tire l’idée que la religion est une névrose. Alors le groupe écrit : Je ne ferais pas de vos névroses, Un modèle pour mon monde”. L’affirmation, quoi que séduisante, n’est fondée sur rien de sérieux. Aucun psy ne peut affirmer une telle chose. Car ce n’est pas parce que certains individus peuvent vivre négativement leur rapport à la religion qu’il faut rendre la religion responsable de son malaise et généraliser hativement à tous les croyants cette situation. Sinon il faudrait dire que la famille, l’école, l’entreprise sont des causes de névroses, sont castratrices et néfastes pour l’individu. Freud a inventé une science qui se révèle féconde mais, comme tout homme, sa parole n’est pas infaillible. Ses plus proches disciples (Alfred Adler, Carl Gustav Jung et Sandor Ferenczi) ont contestés certaines de ses hypothèses et croyances en matière de psychologie, se sont éloignés de lui et ont fondés des écoles concurrentes qui existent encore. Sur la religion, Freud s’est beaucoup trompé (cf les excellents ouvrages de Marie Balmary tels “l’homme aux statues”). Non les croyants ne sont pas plus névrosés que les autres. Et l’absence de religion ne suffit pas à remédier aux névroses. Alors que les populations pratiquent de moins en moins en Europe, cela ne se traduit pas par moins de pathologies mentales, ni par plus de bien être. Les psy ont encore de beaux jours devant eux malgré le déclin des religions… et les vendeurs aussi (astrologues, gourous…).
La religion source d’intolérance ? Dans son attaque contre le christianisme l’allusion à l’Inquisition (dont j’ai parlé ici) est évidement présente : “E
t l’on torture à la surface, Le corps, le sexe, la femme, la science, Et autres formes de connaissances trop dangereuses pour nos systèmes”. Sur le cas Galilée je l’explique dans ce billet là

Il est vrai que les hommes utilisent les idéologies et les religions pour assurer leur pouvoir. Les hommes peuvent s’en servir pour justifier leur domination sur les femmes, les riches peuvent les utiliser pour légitimer leur position sociale. Mais cela ne concerne pas que les religions : la religion n’est pas le seul bastion du machisme. L’allusion de Matmatah sur le sexe est injuste. Car ce qui mutile le sexe, ce qui l’avilit, ce qui torture le corps, ce n’est pas la religion mais la prostitution, le proxénétisme, la pornographie (il suffit de voir les visages des femmes en situation pour comprendre qu’elles souffrent et qu’elles ne prennent pas de plaisir), les violences conjugales, le viol… Toutes choses condamnées par l’Eglise.

Dieu existe-t-il ? La vraie question, la seule qui est du sens est de savoir si Dieu existe. Mais cette question profonde, qui est comme un pari sur l’avenir, n’intéresse pas Matmatah : Si par le plus grand des hasards tout ça existe, je ne veux pas le savoir.” Il attaque la religion mais refuse tout débat de fond. Car au fond personne ne peut répondre à cela. Plutôt que d’accepter sa faille, il fait l’autruche.

II. Le plaisir comme seul objectif

La philosophie du groupe est très limitée : elle se résume à rechercher le plaisir dans cette vie de friandises”.

C’est un peu court… Si le bonheur était dans la consommation, cela se saurait ! Épicure, philosophe matérialiste, affirmait déjà au IIIe siècle avant notre ère que “tout plaisir, pris en lui-même et dans sa nature propre, est un bien” mais il ajoutait aussitôt “et cependant tout plaisir n’est pas à rechercher” (1). “Nous ne rechercherons pas tout plaisir, disait-il, et il y a des cas où nous passons par-dessus beaucoup de plaisirs, savoir lorsqu’ils doivent avoir pour suite des peines qui les surpassent”. Il avait expérimenté que la recherche effrénée du plaisir ne porte pas au bonheur mais à la souffrance. L’excès de plaisir conduit à un surcroit de douleur. Ainsi, la consommation d’alcool apporte un plaisir à ceux qui usent avec modération, et génère la “gueule de bois” à ceux qui en abusent. Et les friandises, Matmatah devrait le savoir, c’est pas bon pour les dents… Pour les philosophes, en tout cas, le bohneur ne se trouve pas dans la consommation, dans l’avoir, dans la recherche du plaisir.

Pour ce qui est du sexe, Bruno Bettelheim, connu pour sa Psychanalyse des contes de fées, s’élevait contre l’illusion de la liberté absolue. “Je suis fermement convaincu, en me fondant sur une expérience professionnelle très étendue, que les activités sexuelles prématurées, les changements fréquents de partenaires et particulièrement certaines pratiques sexuelles (comme l’homosexualité) peuvent provoquer et provoquent des ravages psychologiques très graves, que la société soit ou non consentante. Ces pratiques sont nocives en raison des conséquences psychiques qu’elles ont pour l’individu et ses proches.” (2) Erich Fromm va dans le même sens : “Les données cliniques, révèlent avec évidence que les hommes, et les femmes, qui consacrent leur vie à satisfaire sans restriction leur appétit sexuel, n’atteignent pas le bonheur et très souvent souffrent de graves conflits ou symptômes névrotiques” (3).

Cette recherche du plaisir sans frein ne conduit qu’à la frustration car le plaisir reste toujours à assouvir. “Le monde est un grand objet de convoitise pour notre appétit, une gigantesque pomme, une énorme bouteille, un sein opulent ; nous dévorons, toujours à l’affût, remplis d’espoir, et partant, nous sommes d’éternels déçus” écrivait Fromm. La consommation ne satisfait pas, elle ne suffit pas car le désir est insatiable : “Toute la peine que prend l’homme est pour sa bouche, dit L’Ecclésiaste, et pourtant son appétit n’est jamais satisfait” (chap.6, v.7). C’est comme vouloir remplir un seau percé : à peine le seau est-t-il rempli qu’il faut recommencer à le remplir. A peine le plaisir est-il passé, qu’il faut déjà courir après un autre. Mais que faire lorsqu’il n’y a plus de plaisir à tirer, à trouver ? Matmatah va-t-il nous faire l’apologie du suicide dans son prochain album ?

Cette philosophie est propre à l’adolescence, à la découverte des sens et au besoin d’expérimenter. Mais chez Matmatah, c’est plutôt de l’infantilisme : il cherche à sucer le monde comme un bébé suce le sein ou le biberon (4), ça le rassure autant que ça le rassasie. Mais il est aussi infantile dans son rapport à l’avenir. Epicure niait l’au-delà, il affrontait la mort en affirmant l’absence d’une autre vie. Il avait le courage de la voir en face. Matamatah fait preuve d’insolence. Il réduit Dieu à un “bon dieu” qui passe l’éponge. Il se moque de Lui, comme Michel Polnareff l’a fait avec son tube : “on ira tous au paradis”. Plutôt qu’une cerise, la rencontre avec le divin risque d’être une désillusion amère. Jésus lui-même l’a dit : “il y aura des pleurs et des grincements de dents…”
Matmatah fini par l’insulte et le dénigrement, des saints d’abord et des croyants ensuite. On pourrait dire de son texte la même chose qu’il dit des religions : “Comment pourrais-je boire ces paroles imbibées de bêtises ?”.

Notes :

(1) Epicure, “Lettre à Ménécée” in Lettres et maximes, édition Nathan, collection “Librio”

(2) “A propos de la révolution sexuelle” (1971) in Survivre, Robert Laffont, 1979

(3) Erich Fromm, L’art d’aimer, épi, 1968, II-3

(4) Image tirée d’Erich Fromm, Avoir ou être, Robbert Laffont, 1978

Alors que Le Nouvel Observateur - dans son édition du 16 août 2007 - se penche sur “les philosophes et les femmes” Michel Onfray s’écarte du sujet pour accuser la morale judéo-chrétienne d’être la cause de la situation actuelle des femmes dans la société.

1. L’infériorité statutaire des femmes est bien antérieure au christianisme et au judaïsme

Pour les romains comme pour les grecs, les femmes n’avaient pas les mêmes droits que les hommes. Dans la plupart des cultures on remarque une hiérarchie des sexes en défaveur des femmes. Le christianisme s’est greffé sur des cultures où les femmes étaient juridiquement et socialement inférieures à l’homme. On ne peut donc pas rendre coupable l’Eglise de cette réalité qui la dépasse.

2. L’Eglise a toujours rappelé l’éminente dignité de chaque personne

Pour l’Église, la dignité de chaque personne est la même. Homme et femme sont égaux. Bien sûr l’apôtre Paul invite les femmes à être “soumises à leur mari”. Mais il appelle les hommes à “aimer leur femme comme le Christ a aimé l’Église” : il a donné sa vie pour elle, il s’est sacrifié pour la sauver, il l’a aimé sans la juger pour ses péchés. La soumission dont il est question s’inscrit dans l’amour, dans un amour réciproque, manifeste, concret. La femme n’est jamais un objet ou un être inférieur. Elle n’est pas secondaire, ni au service de son homme : ce n’est pas une boniche, ni une potiche !

Cette égalité de dignité et de droit est fondamentale. Mais égalité ne signifie pas identité, uniformité. Ce qui signifie que les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes fonctions à remplir, ils n’ont pas le même rôle à assurer. Le prêtre bien sûr ne peut être qu’un homme, car Jésus a été lui-même un homme et que le prêtre est la figure du Christ, il agit en son nom. Mais ce n’est pas le prêtre qui est important dans l’Église, ce ne sont pas les évêques ou les cardinaux qui sont les plus grands dans l’Église. Le plus grand, c’est le saint ! C’est lui qui est valorisé, prié, étudié. Or, il y a plus de saintes que de saints. Et dans l’histoire, de nombreuses femmes ont joué un rôle spirituel et politique importants. N’est-ce pas Ste Thérèse d’Avila qui a conduit la rénovation du Carmel, y compris la branche masculine en influençant St Jean de la Croix. C’est Ste Catherine de Sienne qui persuade le pape Grégoire XI de quitter Avignon pour s’installer à Rome. C’est Ste Thérèse de Lisieux, “docteur de l’Église” qui est la plus lue aujourd’hui. C’est la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta - prix Nobel de la paix - qui représente aujourd’hui le mieux la dimension caritative de l’Église. Le rôle des femmes ne se limite pas à être épouse et mère, ce qui est aussi une dimension importante. En tout cas, être épouse et mère ne signifie pas qu’il faille être la bonne de son mari et de ses enfants et être cloitré à la maison !

3. Deux exemples de machisme qui ne viennent pas du christianisme

Le droit de vote

Si les femmes n’ont pu obtenir le droit de vote en France qu’en 1944, ce qui est tardif par rapport à d’autres pays moins développés, c’est parce que les parlementaires de gauche, les radicaux, s’y sont opposés à de nombreuses reprises. Les dirigeants et élus du Parti Radical - qui ne s’ouvre aux femmes qu’en 1924 - étaient alors majoritairement affiliés aux loges maçonniques et étaient des anticléricaux féroces. Rappelons que ce sont les radicaux qui ont fait voter la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905. Mais cet anticléricalisme n’allait pas de pair avec la promotion des femmes en politique. En effet, ils refusaient de voir les femmes voter parce qu’ils craignaient que leur vote ne favorise l’Église puisqu’elles étaient plus nombreuses à être pratiquantes. C’est donc l’extrême gauche anticléricale de la fin XIXe et début XXe qui a eu l’attitude la plus machisme qui soit, non l’Église.

La femme un objet sexuel

L’Église a défendu la dignité de la femme et l’a protégée de l’arbitraire des hommes.
D’une part, en imposant la monogamie car la polygamie, pratiquée dans de nombreuses sociétés, est toujours favorable à l’homme et défavorable aux femmes. La monogamie est le signe le plus clair de l’égalité entre les sexes.

D’autre part, en faisant du mariage un sacrement, en exigeant la liberté du consentement entre époux et la fidélité dans le couple. La fidélité, c’est l’assurance pour elle qu’elle ne sera plus répudiée en fonction des humeurs et désirs des hommes. C’est aussi une garantie pour la femme qu’elle n’est pas instrumentalisée, réduite à un rôle. La fréquentation des prostituées et des maisons closes, contraire à la morale, est bien le comble du machisme et de la négation de la femme. Et si la publicité réduit, aujourd’hui encore, la femme à son attrait sexuel, ce n’est pas à cause du christianisme !

Rendons à César ce qui est à César…