galilee.jpg22 juin 1633. Quelques heures après sa condamnation par l’Inquisition, Galilée renie ses affirmations sur la théorie de Copernic. Il est alors soumis à résidence surveillée dans une villa de Florence.

Cette condamnation est depuis utilisée pour illustrer l’incompatibilité qu’il y aurait entre la science et la religion catholique. Cet épisode serait la preuve de l’intolérance de l’Église envers les esprits libres et rationnels. Il prouverait que la science est vérité et que la religion n’est que dogmatisme et fanatisme.

1. Qui est Galilée ?

Galileo Galilei est un savant reconnu par la communauté scientifique, apprécié par le pouvoir politique et les autorités religieuses. Ses découvertes suscitent l’enthousiasme mais aussi la rivalité et la jalousie. C’est que Galilée nourrit le rêve de devenir un “nouvel Aristote”, de marquer l’avenir de ses découvertes. Il est méfiant à l’égard des autres scientifiques, comme de l’allemand Kepler à qui il refusera de prêter une de ses lunettes astronomiques pour observer les étoiles malgré les encouragements sur son travail et ses demandes répétées. Il est aussi mordant et méprisant à l’égard des autres scientifiques et des prélats qui ne sont pas de son avis. Il ridiculise ses opposants lors des nombreuses polémiques auxquelles il a part, avec Ludovico delle Combe sur les corps flottants (pourquoi la glace flotte-t-elle ?), le jésuite allemand Scheiner sur les taches solaires (d’où viennent les taches que l’on observe sur le soleil ?), le jésuite Grassi sur les corps célestes (que sont les comètes ?). Par là, il nourrit un désir de vengeance chez ses opposants qui trouvent dans ses argumentations des faiblesses de taille.

Car Galilée n’est pas toujours très rigoureux et sa démonstration est parfois absurde. Ainsi, il refusait de croire que les marées étaient dues à l’influence de la Lune comme l’avait pourtant expliqué Kepler. Il affirmait, contre tout bon sens, qu’il n’y avait qu’une seule marée par jour, à midi, et que les marées étaient dues aux rotations de la Terre : le mouvement de la Terre ferait bouger l’eau de la mer… Les marées prouvaient que la Terre n’était pas immobile mais en mouvement !

2. Pourquoi est-il condamné ? Le 5 mars 1616, le livre de Nicolas Copernic est mis à l’Index c’est-à-dire qu’il est inscrit sur la liste des ouvrages interdits par l’Église car contraire à la doctrine. Copernic, mort en 1543, n’a jamais été inquiété de son vivant pour sa théorie sur l’héliocentrisme (le soleil - helios - est au centre de l’univers, la Terre lui autour). Mais Galilée veut prouver que cette théorie est vraie et que le géocentrisme (la Terre est au centre de l’univers) de Ptolémée est faux. Or cela contredit à la fois le sens commun - ce que chacun à l’impression de voir - et la Bible - puisqu’il y a un verset où il est dit que Dieu arrête le temps en bloquant la course du soleil autour de la Terre (Livre de Josué, chap.10, verset 13) et un autre où il est dit que Dieu a créé la Terre immobile (Psaume 93).

En l’absence d’une preuve ou d’une démonstration irréfutable, il est donc interdit de soutenir la théorie copernicienne autrement que comme une hypothèse. Galilée, qui a de nombreux appuis au Vatican, est avertit.

urbain8.jpgLe 6 août 1623, le cardinal Barberini qui soutenait Galilée, est élu pape et prend le nom d’Urbain VIII. Galilée sera reçu plusieurs fois, avec honneur, par le nouveau Souverain Pontife. Il lui demande l’abrogation du décret de 1616, ce qu’il ne consent pas. Mais après discussions, ils tombent d’accord sur la possibilité pour Galilée d’écrire un ouvrage qui présenterait les thèses opposées sur le géocentrisme et l’héliocentrisme. Le pape insiste pour qu’aucune des deux ne l’emporte sur l’autre. Galilée est avertit, il ne doit pas aller trop loin.

Galilée prend le temps de rédiger son livre et, prudent, le soumet à l’inquisition. Le 25 avril 1631, il obtient l’imprimatur c’est-à-dire l’autorisation de le publier avec le certificat de l’Église. Cependant il attend 1632 pour publier son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde à Florence. L’ouvrage ne comprend pas les corrections qu’il s’était engagé à apporter pour recevoir l’imprimatur. Galilée trompe donc les autorités qui lui avaient témoigné leur confiance. Le pape se sent trahit. Galilée est poursuivit pour son audace : il a transgressé le décret interdisant de déclarer vrai l’hypothèse de Copernic en l’absence de preuve sérieuse et définitive, il a abusé du certificat de l’Église (l’imprimatur) et il a manqué de tact en présentant l’Église comme rigide.

Conclusion. En abjurant, en regrettant ses propos, Galilée ne fait qu’avouer qu’il n’a pas encore de preuve de ce qu’il avance. Il renie, non une vérité démontrée, mais une hypothèse probable. Galilée ne peut avoir le dernier mot car ses arguments sont très insuffisants. Il se borne à montrer que le géocentrisme n’est pas tenable, mais cela ne suffit pas à prouver que l’héliocentrisme soit vrai.

Lorsque les preuves commenceront à être plus sérieuses, l’Église révisa sa position. Ainsi, en 1741, le pape Benoît XIV fit donner l’imprimatur à la première œuvre complète de Galilée, ce qui signifie qu’il approuvait ses conclusions. A partir de 1759 l’héliocentrisme est reconnu, les ouvrages qui étaient à l’Index en sont retirés.

Galilée n’est pas un scientifique exemplaire. Il n’a pas été toujours honnête dans ses argumentations, ni respectueux des autres scientifiques qu’il a malmené dans ses écrits. Son sentiment de supériorité lui a joué des tours. Il a été orgueilleux, sûr de lui, et n’a pas pu tenir parole. Le procès qui lui a été fait, il l’a cherché. Qu’on arrête donc d’en faire un martyr d’une Église intolérante ou l’icône de la victime de l’injustice des puissants.

Sources pour aller plus loin

Dirigée par des hommes d’Église, luttant contre l’hérésie au nom de la pureté de la foi, défendant l’ordre politique et social, l’Inquisition apparait comme l’archétype de l’intolérance religieuse. La plupart des gens assimilent cette institution judiciaire à l’arbitraire, à la torture et au bûcher.

1. Les catholiques d’aujourd’hui ne sont comptables du passé.

L’inquisition est aujourd’hui fort utile à tous ceux qui dénigrent la religion car elle leur permet de refouler les questions religieuses, de fermer la bouche aux croyants. Comme si les croyants d’aujourd’hui étaient responsables de l’action de croyants du passé. Comme si l’inquisition était au programme des évangiles donc inhérent au christianisme. Comme si en chaque croyant sommeillait un fanatique en puissance près à imposer ses idées par la force.

Agiter l’histoire de l’inquisition comme un épouvantail anti-catholique est donc pratique et efficace, puisque les croyants sont déstabilisés par elle, mais terriblement malhonnête. C’est comme si on rendait responsables les français du XXIe siècle des conséquences des politiques de colonisation des gouvernements français de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. C’est comme si on considérait que les Allemands sont des nazis ou les Français des collabos. C’est comme si on rappelait systématiquement à ceux qui se disent républicains, que la République c’est l’injustice, l’échafaud et la Terreur ! C’est comme si on disait des Américains que ce sont des esclavagistes et des racistes, à cause de l’époque où l’esclavage était légal et l’époque suivante de ségrégation raciale où blancs et noirs étaient socialement et géographiquement séparés.

2. L’Inquisition est contradictoire avec les principes du christianisme

L’Inquisition est une institution particulière, qui ne s’assimile pas à l’Église, et qui n’a existé que pendant une courte période de l’histoire de l’Église. Rien dans les fondements du christianisme ne justifie une telle institution. L’Inquisition n’a rien à voir avec la foi chrétienne. Car, à la différence d’autres religions ou idéologies, le principe de contrainte ou de pouvoir est absent du christianisme. Ni les évangiles, ni les épitres - ces lettres anciennes des apôtres, intégrées dans le Nouveau Testament - ne prônent l’usage de la force. Jésus et ses apôtres ont choisi le camp des victimes plutôt que celui des bourreaux. Ils sont morts en martyrs pacifiques et non en combattant les armes à la mains. L’Inquisition est donc une erreur dans l’histoire de l’Église.

3. L’Inquisition, une institution au service du pouvoir politique

L’Inquisition a certes servie les intérêts de l’Église mais elle a surtout servie ceux des princes et des rois qui trouvaient en elle un précieux outil pour éliminer les opposants, affaiblir les ennemis et affermir leur autorité sur leurs sujets.

En Espagne, l’Inquisition était dirigée par le Roi - et non le pape - qui nommait le “Grand Inquisiteur”. L’Inquisition a été un instrument pour assurer la cohésion culturelle d’une nouvelle nation qui se constituait au fur et à mesure que le territoire espagnol était reconquis aux musulmans. La nation devait, en effet, être unie autour du roi. Et les biens pris aux hérétiques servaient à financer les besoins de cet État nouveau.

En France, la lutte contre les cathares à surtout permis de rebattre les cartes du pouvoir entre les princes du Sud de la France. Puis Philippe Le Bel (XIIIe-XIVe siècle) se servit de l’inquisition française pour éliminer l’ordre des Templiers en France et récupérer leurs biens. C’est aussi l’inquisition française, dont les juges étaient alliés aux anglais, qui déclara hérétique la pucelle d’Orléans et condamna au bûcher l’ennemie politique de l’Angleterre qui deviendra Ste Jeanne d’Arc.

L’Inquisition a donc été au service du pouvoir politique qui l’a utilisé pour affermir son pouvoir sur la société. Il n’y aurait pas eu d’Inquisition, si le pouvoir politique ne l’avait pas voulu, s’il n’en avait pas eu besoin.

4. Autres temps, autres mœurs

Rappelons que la liberté de penser et d’expression n’a jamais été accordé aux sujets d’un empereur ou d’un roi.

Dans l’antiquité, les chrétiens étaient persécutés parce qu’ils refusaient d’offrir des sacrifices aux dieux et à l’Empereur, ce qui était inacceptable pour le pouvoir politique. Rappelons que Néron, au Ier siècle, fit arrêter les chrétiens rendus responsables (à tord) de l’incendie de Rome pour en faire des torches vivantes dans son jardin. L’inquisition n’a pas inventé le bûcher et n’en a pas eu, malheureusement, le monopole.

En Angleterre, le roi Henri VIII (XIVe-XVe siècle) s’est permis de s’affranchir de la tutelle romaine, il a rompu ses relations avec le Vatican et fondé une église autonome dont il était le Souverain : l’Église anglicane. La liberté qu’il s’est accordé, il ne l’accorda pas à ses sujets. Ceux qui n’acceptèrent pas sa Souveraineté et qui restaient fidèles au pape durent s’exiler ou furent exécutés, comme Thomas More.

En France, les révolutionnaires condamnèrent également à l’exil ou à l’échafaud ceux qui s’opposaient au nouveau gouvernement du peuple. Les “ennemis de la révolution”, les royalistes, payèrent le prix fort de leur liberté de penser et d’expression.

Et Jean Calvin - qui a connu l’exil pour ses idées - fit lui-aussi brûler deux hérétiques - dont Michel Servet le 25 octobre 1553 - dans la jeune République de Genève qu’il gouvernait. Le pouvoir théocratique dont il disposait c’est-à-dire à la fois religieux et politique, étant menacé par ces opposants, il les élimina. Et il ordonna qu’il en soit fait de même des sorcières.

L’Inquisition n’a donc pas été la seule institution à assurer la police de la pensée dans l’histoire. Aucun pouvoir politique n’a permis aux opposants d’exprimer leur point de vue.

L’Inquisition n’a pas le monopole de l’intolérance et de la violence. D’autres tribunaux laïcs utilisèrent la torture et mirent à mort des personnes qui refusaient de se soumettre au pouvoir politique ou avaient un comportement subversif (St Thomas d’Aquin note ainsi dans la Somme théologique que les pouvoirs civils mettent à mort les faux monnayeurs qui sapent les fondements de l’économie). Dans les épisodes de conflits - comme la guerre d’Algérie pour n’évoquer qu’un moment de notre histoire contemporaine - la torture a été utilisée pour obtenir des renseignements de ceux qui étaient considérés comme des ennemis.

L’Inquisititon n’est pas la seule institution à avoir confisqué les biens des condamnés à mort, les révolutionnaires français prirent les biens du clergé, comme les nazis spolièrent les juifs et les communistes la noblesse, la bourgeoisie et l’Église aussi.

Conclusion

L’Inquisition est une institution judiciaire qui a été au service du pouvoir politique. Elle a servi à assurer la cohésion des peuples autour de leur souverain. Parmi ses victimes on trouve de nombreux croyants, profondément catholiques, comme Savonarole. L’inquisition est contraire à la foi catholique, à l’enseignement de Jésus-Christ et des apôtres. Les croyants que nous sommes n’avons rien à voir avec elle, comme les républicains n’ont pas à se sentir responsable des méfaits de la révolution. L’Inquisition n’a pas été une exception dans l’histoire, elle n’a malheureusement pas le monopole de l’intolérance et de la répression.

matmata.pngL’antichristianisme est commercialement porteur. Après les romans de Dan Brown et les essais de (pseudo) philosophie de Michel Onfrey, c’est au tour des chansons de Matmatah de connaitre leur heure de gloire. “La cerise”, une ode à l’hédonisme antichrétien, est devenue en quelques mois un tube en France, diffusée en boucle sur les radios les plus écoutées. Il faut avouer que, musicalement, c’est la chanson la plus aboutie du groupe.

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I. Une charge insidieuse contre le christianisme

La religion un opium ? Matmatah se sert de quelques références antireligieuses historiques. Karl Marx, tout d’abord, qui considérait que “la religion est l’opium du peuple”, et que Matmatah à repris en disant que “les théocrates dealent” : autrement dit, les religieux, les prêtres vendent l’opium de la religion au peuple. Seulement, la conception de Marx était autrement plus complexe. Pour lui, la religion est “le soupir de la créature opprimée”, c’est une béquille qui aide l’humanité exploitée économiquement et dominée politiquement à donner un sens à la vie, à trouver la force de vivre malgré les injustices, par l’espérance d’un avenir meilleur, de justice et de paix. Si donc Marx dénonce la religion c’est parce qu’elle est un obstacle à la révolte sociale et à la révolution politique. Or Marx se fait prophète d’une nouvelle ère par la révolution du prolétariat, grâce au soulèvement des masses. Il rejette la religion qui se trouve au service de la domination bourgeoise. On est loin des théocrates qui dealent… Mais Marx est excessif. lacordaire.jpgCar l’Eglise n’est pas restée sans voix face à l’oppression et l’injustice. De Saint Jacques (dans le Nouveau Testament) à l’abbé Pierre, de saint Basile le Grand à Benoît XVI, l’Eglise n’a cessé de dénoncer l’avarice, l’égoïsme et l’exploitation de l’homme par l’homme. L’année même où Marx écrit avec Engels le Manifeste du Parti communiste, Henri-Dominique Lacordaire en appelle à l’intervention de l’Etat pour protéger les exploités : “Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit” (1848). Bien avant Marx des évêques ont dénoncé le travail des enfants et les effets pervers du travail de nuit des femmes sur la famille. La religion n’est pas un opium : elle n’a pas servi qu’à détourner le regard des hommes vers un ailleurs idéal voire imaginaire. Elle a donné du pain à ceux qui n’en avaient pas, elle a organisé l’entraide envers ceux qui étaient dans le besoin, elle a donné l’éducation à ceux qui étaient abandonnés.
Ou est-ce l’opium qui est devenu religion ? Aujourd’hui, c’est plutôt l’opium qui est devenu la religion du peuple. C’est bien l’alcool et les drogues, ces “paradis artificiels”, qui sont devenus les béquilles qui permettent aux hommes de supporter leur quotidien, de fuir leurs problèmes, d’accepter leur sort. Et Matmatah le sait ; lui qui a écrit et chanté “L’apologie” au cannabis dans son album La Ouache. Matmatah dénonce un opium pour en proposer un autre… Faut-il vraiment préférer la drogue à la religion ? Fumer des joints et s’enivrer d’alcool rendent-ils plus libres et plus heureux que la pratique de la religion ? L’hédonisme auquel il nous convie est-il source de solidarité et d’entraide comme l’a été et l’est la religion ? Si Dieu existe ? Je n’en sais rien. Quel est le plus beau des jardins ? Quel est le plus beau des jardins en effet : le paradis au sens religieux (la présence de Dieu) ou les paradis artificiels ?
freud.jpgLa religion une névrose ? La deuxième allusion concerne Sigmund Freud. Du père de la psychanalyse, Matmatah tire l’idée que la religion est une névrose. Alors le groupe écrit : Je ne ferais pas de vos névroses, Un modèle pour mon monde”. L’affirmation, quoi que séduisante, n’est fondée sur rien de sérieux. Aucun psy ne peut affirmer une telle chose. Car ce n’est pas parce que certains individus peuvent vivre négativement leur rapport à la religion qu’il faut rendre la religion responsable de son malaise et généraliser hativement à tous les croyants cette situation. Sinon il faudrait dire que la famille, l’école, l’entreprise sont des causes de névroses, sont castratrices et néfastes pour l’individu. Freud a inventé une science qui se révèle féconde mais, comme tout homme, sa parole n’est pas infaillible. Ses plus proches disciples (Alfred Adler, Carl Gustav Jung et Sandor Ferenczi) ont contestés certaines de ses hypothèses et croyances en matière de psychologie, se sont éloignés de lui et ont fondés des écoles concurrentes qui existent encore. Sur la religion, Freud s’est beaucoup trompé (cf les excellents ouvrages de Marie Balmary tels “l’homme aux statues”). Non les croyants ne sont pas plus névrosés que les autres. Et l’absence de religion ne suffit pas à remédier aux névroses. Alors que les populations pratiquent de moins en moins en Europe, cela ne se traduit pas par moins de pathologies mentales, ni par plus de bien être. Les psy ont encore de beaux jours devant eux malgré le déclin des religions… et les vendeurs aussi (astrologues, gourous…).
La religion source d’intolérance ? Dans son attaque contre le christianisme l’allusion à l’Inquisition (dont j’ai parlé ici) est évidement présente : “E
t l’on torture à la surface, Le corps, le sexe, la femme, la science, Et autres formes de connaissances trop dangereuses pour nos systèmes”. Sur le cas Galilée je l’explique dans ce billet là

Il est vrai que les hommes utilisent les idéologies et les religions pour assurer leur pouvoir. Les hommes peuvent s’en servir pour justifier leur domination sur les femmes, les riches peuvent les utiliser pour légitimer leur position sociale. Mais cela ne concerne pas que les religions : la religion n’est pas le seul bastion du machisme. L’allusion de Matmatah sur le sexe est injuste. Car ce qui mutile le sexe, ce qui l’avilit, ce qui torture le corps, ce n’est pas la religion mais la prostitution, le proxénétisme, la pornographie (il suffit de voir les visages des femmes en situation pour comprendre qu’elles souffrent et qu’elles ne prennent pas de plaisir), les violences conjugales, le viol… Toutes choses condamnées par l’Eglise.

Dieu existe-t-il ? La vraie question, la seule qui est du sens est de savoir si Dieu existe. Mais cette question profonde, qui est comme un pari sur l’avenir, n’intéresse pas Matmatah : Si par le plus grand des hasards tout ça existe, je ne veux pas le savoir.” Il attaque la religion mais refuse tout débat de fond. Car au fond personne ne peut répondre à cela. Plutôt que d’accepter sa faille, il fait l’autruche.

II. Le plaisir comme seul objectif

La philosophie du groupe est très limitée : elle se résume à rechercher le plaisir dans cette vie de friandises”.

C’est un peu court… Si le bonheur était dans la consommation, cela se saurait ! Épicure, philosophe matérialiste, affirmait déjà au IIIe siècle avant notre ère que “tout plaisir, pris en lui-même et dans sa nature propre, est un bien” mais il ajoutait aussitôt “et cependant tout plaisir n’est pas à rechercher” (1). “Nous ne rechercherons pas tout plaisir, disait-il, et il y a des cas où nous passons par-dessus beaucoup de plaisirs, savoir lorsqu’ils doivent avoir pour suite des peines qui les surpassent”. Il avait expérimenté que la recherche effrénée du plaisir ne porte pas au bonheur mais à la souffrance. L’excès de plaisir conduit à un surcroit de douleur. Ainsi, la consommation d’alcool apporte un plaisir à ceux qui usent avec modération, et génère la “gueule de bois” à ceux qui en abusent. Et les friandises, Matmatah devrait le savoir, c’est pas bon pour les dents… Pour les philosophes, en tout cas, le bohneur ne se trouve pas dans la consommation, dans l’avoir, dans la recherche du plaisir.

Pour ce qui est du sexe, Bruno Bettelheim, connu pour sa Psychanalyse des contes de fées, s’élevait contre l’illusion de la liberté absolue. “Je suis fermement convaincu, en me fondant sur une expérience professionnelle très étendue, que les activités sexuelles prématurées, les changements fréquents de partenaires et particulièrement certaines pratiques sexuelles (comme l’homosexualité) peuvent provoquer et provoquent des ravages psychologiques très graves, que la société soit ou non consentante. Ces pratiques sont nocives en raison des conséquences psychiques qu’elles ont pour l’individu et ses proches.” (2) Erich Fromm va dans le même sens : “Les données cliniques, révèlent avec évidence que les hommes, et les femmes, qui consacrent leur vie à satisfaire sans restriction leur appétit sexuel, n’atteignent pas le bonheur et très souvent souffrent de graves conflits ou symptômes névrotiques” (3).

Cette recherche du plaisir sans frein ne conduit qu’à la frustration car le plaisir reste toujours à assouvir. “Le monde est un grand objet de convoitise pour notre appétit, une gigantesque pomme, une énorme bouteille, un sein opulent ; nous dévorons, toujours à l’affût, remplis d’espoir, et partant, nous sommes d’éternels déçus” écrivait Fromm. La consommation ne satisfait pas, elle ne suffit pas car le désir est insatiable : “Toute la peine que prend l’homme est pour sa bouche, dit L’Ecclésiaste, et pourtant son appétit n’est jamais satisfait” (chap.6, v.7). C’est comme vouloir remplir un seau percé : à peine le seau est-t-il rempli qu’il faut recommencer à le remplir. A peine le plaisir est-il passé, qu’il faut déjà courir après un autre. Mais que faire lorsqu’il n’y a plus de plaisir à tirer, à trouver ? Matmatah va-t-il nous faire l’apologie du suicide dans son prochain album ?

Cette philosophie est propre à l’adolescence, à la découverte des sens et au besoin d’expérimenter. Mais chez Matmatah, c’est plutôt de l’infantilisme : il cherche à sucer le monde comme un bébé suce le sein ou le biberon (4), ça le rassure autant que ça le rassasie. Mais il est aussi infantile dans son rapport à l’avenir. Epicure niait l’au-delà, il affrontait la mort en affirmant l’absence d’une autre vie. Il avait le courage de la voir en face. Matamatah fait preuve d’insolence. Il réduit Dieu à un “bon dieu” qui passe l’éponge. Il se moque de Lui, comme Michel Polnareff l’a fait avec son tube : “on ira tous au paradis”. Plutôt qu’une cerise, la rencontre avec le divin risque d’être une désillusion amère. Jésus lui-même l’a dit : “il y aura des pleurs et des grincements de dents…”
Matmatah fini par l’insulte et le dénigrement, des saints d’abord et des croyants ensuite. On pourrait dire de son texte la même chose qu’il dit des religions : “Comment pourrais-je boire ces paroles imbibées de bêtises ?”.

Notes :

(1) Epicure, “Lettre à Ménécée” in Lettres et maximes, édition Nathan, collection “Librio”

(2) “A propos de la révolution sexuelle” (1971) in Survivre, Robert Laffont, 1979

(3) Erich Fromm, L’art d’aimer, épi, 1968, II-3

(4) Image tirée d’Erich Fromm, Avoir ou être, Robbert Laffont, 1978