Le pape Jean-Paul II a rappelé dans sa Lettre Encyclique L’Église vit de l’Eucharistie que « la liturgie n’est jamais la propriété privée de quelqu’un, ni du célébrant, ni de la communauté dans laquelle les Mystères sont célébrés. » (1) En matière de liturgie c’est donc le magistère qui décide et qui a le dernier mot. Or, en la matière, l’Église reconnait comme valide deux formes de célébrations qui font débat : la célébration “dos au peuple” prônée par ceux qui s’attachent à la Tradition de l’Église, et la célébration “face au peuple” défendue par ceux qui s’attachent au Concile Vatican II. La controverse est donc possible entre ceux qui veulent privilégier voire imposer aux autres une forme liturgique à une autre. Le débat est ouvert puisque les deux possibilités de célébrer la messe sont possibles. A ce débat, le chemin néocatéchuménal apporte une humble mais réelle contribution.
Les communautés néocatéchuménales mettent au centre de l’Église les deux tables, la table de la Parole et la table de l’Eucharistie qu’est l’autel.
La Sacrée Congrégation des rites demandait, après le Concile Vatican II, de « situer et de construire l’autel majeur de telle façon qu’il apparaisse toujours comme le signe du Christ lui-même, le lieu où s’accomplissent les mystères du salut, et comme le centre de l’assemblée des fidèles » (2) Le Catéchisme de l’Église catholique insiste sur le fait que l’autel est « le centre de l’Église » (n° 1182). Ce que la Présentation générale du Missel Romain de 2002 rappelle clairement : « l’autel doit occuper l’endroit qui est effectivement le centre où converge spontanément l’attention de toute l’assemblée des fidèles » (n° 299). Le cardinal Christoph Schönborn écrivait que « le Christ est au centre de l’église et c’est autour de lui que la communauté se rassemble. » (3)
Insistons : si l’autel est au centre de l’église, c’est pour que les fidèles soient autour de lui. Le Catéchisme de l’Église catholique l’affirme clairement : « L’autel, autour duquel l’Église est rassemblée dans la célébration de l’Eucharistie, représente les deux aspects d’un même mystère : l’autel du sacrifice et la table du Seigneur » (n° 1383). Comme l’expliquait le liturgiste Louis Bouyer « dès le début, les pionniers du mouvement liturgique ont bien dit que la célébration versus ad populum (…) ne pouvait avoir de bons
effets que si elle était mise en pratique de façon à réaliser le rassemblement de tous autour de l’autel. (…) Chaque fois que l’autel face au peuple signifie simplement un autel avec le prêtre seul (ou avec ses ministres à l’occasion) d’un côté, le peuple de l’autre côté, le résultat sera diamétralement opposé, et les fidèles le ressentent de plus en plus. Loin d’unir la communauté centrée sur l’autel, on augmente dans ce cas, la séparation et l’opposition entre le clergé et les laïcs : l’autel devient une barrière entre deux castes chrétiennes. » (4)
C’est pourquoi, dans le chemin néocatéchuménal, tous sont disposés autour de l’autel et de l’ambon, qui sont les deux tables. de la parole et de l’eucharistie, à la fois sacrifice et banquet divin. C’est bien le Christ qui est au centre de l’assemblée et de la liturgie.
La Présentation générale du missel romain précise que « sur l’autel ou à pro
ximité, bien visible pour le peuple assemblé, il y aura une croix portant l’image du Christ crucifié » (n° 308). Dans le néocatéchuménat, cette croix est placée à côté de l’ambon, derrière l’autel. Sa grande taille permet d’être toujours bien vue par tous. La liturgie de la Parole est ainsi mise en valeur, rappelant que c’est du Christ mort et ressuscité qui est présent dans les lectures. Et lorsque l’assemblée à les yeux fixée sur l’autel, la croix reste bien visible, bien présente pour tous.
Le prêtre occupe une place spécifique, il est la tête de l’assemblée en tant que représentant du Christ. La Présentation générale du Missel Romain souligne que « l’endroit le mieux indiqué » pour le siège du président est « l‘extrémité du sanctuaire et tourné vers le peuple » (n° 310). Les clercs sont distingués du reste de l’assemblée et situés en hauteur par rapport à l’assemblée et à l’ambon, pour être plus visibles et manifester leur rôle spécifique dans l’assemblée. Ils sont donc avec l’assemblée dans le culte, ils font corps avec l’assemblée, dirigés vers le même centre qui est le Christ. Le célébrant n’est donc ni “face au peuple” ni “dos au peuple”. Il est tourné vers l’autel, comme les fidèles, qui est la table du sacrifice et la table du banquet céleste.
Les chanteurs et musiciens sont placés à proximité de l’ambon, du côté droit par rapport au siège du prêtre. Ils sont ainsi visibles par tous et dans l’assemblée. Ils sont placés à part, du fait de leur fonction, et en même temps dans l’assemblée pour signifie qu’ils font partie du Corps du Christ. Ils en sont un membre, un organe spécifique.
Cette organisation de l’espace liturgique manifeste que l’assemblée est une église, un peuple appelé par Dieu à former un Corps - celui du Christ lui-même, une communauté, une fraternité. Le néocatéchuménat propose ainsi une réponse au problème de l’individualisme qui gagne les célébration, les chrétiens étant dispersés dans l’église. La messe ne doit pas être vécue que de façon personnelle, mais aussi communautaire. L’architecture néocatéchuménale tente de remédier à ce problème, mais il reste insuffisant sans restauration de communautés vivantes. L’organisation de l’espace liturgique permet de manifester l’unité de la communauté, de rendre plus visible le Corps du Christ, mais il ne suffit pas à créer la communauté. Ce à quoi œuvre également le Chemin néocatéchuménal.
Notes
(1) Jean-Paul II, Lettre Encyclique « L’Eglise vit de l’Eucharistie » (Ecclesia de Eucharistia), 17 avril 2003, n.52
(2) Sacrée Congrégation des rites, Instructions sur le culte du mystère eucharistique (Eucharisticum mysterium), 1967, n.24
(3) Christoph Schönborn, Liturgie et Sacrements, éd. Saint-Paul, 1999, p.58
(4) Louis Bouyer, Architecture et liturgie, coll. L’Esprit liturgique, n° 28, Éditions du Cerf, 1967, p.93
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